|
|
| -- |
Cet espace est réservé pour vous
|
|
|
 |
 |
|
Livres |
Il y a 23 articles |
|
 |
 |
Interview de« fellag »
1) Vous êtes connu d’abord comme homme de théâtre, vos one man shows drainent des foules de spectateurs enthousiastes, au cinéma vous faites là aussi des incursions heureuses, et l’on vous a vu récemment dans le film « l’ennemi intime », puis aujourd’hui vous nous revenez avec un cinquième livre, sous forme d’un roman intitulé : « L’allumeur de rêves Berbères » Est-ce que vous pouvez nous dire quel est le secret qui est derrière votre appétit insatiable pour les choses culturelles ?
Fellag : Oui je peux dire que c’est un appétit mais aussi beaucoup de désirs et d’envies de choses que j’ai vécues et que je passe à la moulinette de mon imagination pour les partager car je viens d’une société de la parole et jouer sur les mots m’intéresse. Donc, j’ai été nourri de tous ces arts et surtout le cinéma. Depuis mon jeune âge, j’ai été imbibé d’images puis vint le théâtre, je suis rentré à l’institut des arts dramatiques d’Alger pour devenir acteur professionnel. Sans oublier que je suis un grand lecteur car à côté des lectures théâtrales, je lisais énormément et partout, j’avais toujours un livre avec moi que je sortais à la moindre occasion dans les cafés, les bus. D’ailleurs à ce propos je disais que le livre à lui seul était ma maison de la culture, il suffit de le mettre dans sa poche pour ensuite le savourer partout. Tout cela m’a donné l’envie d’écrire et c’est ce que je fais depuis pas mal de temps.
2) Le narrateur du roman « Zakaria » est un journaliste qui a accompagné l’épopée du régime en laudateur, puis en octobre 1988, il a pris conscience des travers de ce régime, mais comment vous expliquez son aveuglement que vous qualifiez de sincérité ?
Fellag : Je crois que ce phénomène n’est pas propre à l’Algérie mais à tous les pays qui ont accédé à l’indépendance sans omettre les pays de l’est qui ont cru à la révolution socialiste. Donc, dans tous ces lieux que je viens de citer, énormément de gens ont cru à la construction socialiste même si les régimes en place sont allés vers plus d’autoritarisme et de bureaucratie. Je reviens un peu en Algérie pour rappeler qu’ici tout le monde a cru à la révolution agraire, la médecine gratuite et changer la société. Zakaria était donc comme beaucoup d’intellectuels de haut niveau qui ont cru à la construction d’un Etat moderne. Ils ont cru aussi à la construction d’une société où il y’aurait de l’égalité et du développement. En quelque sorte, ils ont vendu leur âme à un diable en croyant qu’ils allaient le dompter, mais quinze ou vingt ans plus tard, ils ont déchanté. C’est un peu l’histoire de Zakaria qui va virer de bord pour devenir un farouche opposant à ce régime qu’il a longtemps servi.
3) Conséquence logique à son revirement, il tombe en disgrâce et reçoit des menaces de morts de la part des intégristes, mais tout ce concours de circonstances malheureux, va lui permettre de congédier l’utopie révolutionnaire pour s’intéresser au petit peuple, cela m’amène à vous
poser la question sur la position de l’intellectuel qui selon ce que vous écrivez se trouve souvent loin des réalités quotidiennes des gens, est ce vrai ou c’est juste un artifice littéraire ?
Fellag : C’est les deux à la fois. Zakaria en fréquentant les hautes sphères du pouvoir et tous les attraits que ce dernier exerce sur l’être humain, s’est éloigné du petit peuple en sombrant dans la facilité et la vie luxueuse offerte par le régime. Et l’artifice pour moi c’est le moment où je lui ôte tout, sa femme, ses enfants, son travail en plus des menaces intégristes. Il se retrouve donc tout seul dans une société où il est difficile de ne pas avoir des appuis familiaux et amicaux. Il va apprendre la vraie vie en surveillant l’eau toute la nuit et se lever à des heures incongrues pour remplir les jerricanes. Son malheur va le faire redescendre sur terre pour être au même niveau que les autres et ne pas les regarder de très haut. Il va redécouvrir les gens et retrouver sa vraie vocation d’écrivain qui est celle d’observer la société et d’être au contact permanent avec les petites gens.
4)Zakaria décide d’écrire l’histoire de Nasser qui reçoit des lettres de menaces que lui envoient les intégristes pourquoi ce désintéressement de soi car il oublie d’écrire sur ses malheurs pour épouser la cause de Nasser?
Fellag : Zakaria s’est terré pendant dix huit mois chez lui car il avait peur de mourir suite aux menaces proférées par les intégristes. Mais à la fin, ces menaces vont cesser d’arriver. Pendant tout ce temps, il s’acharnait à écrire sur sa réclusion sans faire aboutir son projet d’écriture car il avait perdu sa verve et son style a épousé une forme d’écriture qui était l’apologie du pouvoir. Il se sentait incapable d’aller jusqu’au bout et voilà que son voisin Nasser reçoit une lettre de menaces et cela va lui rappeler son état d’il y’a dix huit mois et il se dit c’est l’occasion de se « refaire littérairement ». L’histoire de Nasser est pour lui une matière première idéale pour se relancer. En un moment, il retrouve ses émotions passées, ses angoisses et ses peurs. Il s’est dit je vais me nourrir de tout ça, en le suivant pas à pas pour essayer d’en tirer un roman. D’ailleurs dans l’un des passages du roman, il lui dit : « Je te vampirise ». En écrivant sur la vie de Nasser, c’est sa vie qu’il essaye de retrouver.
5) Dans votre roman vous stigmatisez deux fléaux, la pénurie d’eau et l’intégrisme religieux, est ce que vous les considérez comme des personnages essentiels de votre roman ?
Fellag : D’abord pour l’intégrisme, il est symbolisé par les trois jeunes barbus qui sont là tout le temps adosser au mur comme s’ils surveillaient toute la cité. Or, ils sont inoffensifs, c’est beaucoup plus la paranoïa de Zakaria qui les rend redoutables. Ils deviennent des spectres qui charrient la peur et l’angoisse. Il y’a aussi Djebar qui est un islamiste mais qui reste un personnage folklorique
qui passe son temps à ânonner des poncifs et des explications abracadabrantes. En fait si vous voulez la peur générée par les intégristes remplit le vide laissé par l’eau qui reste l’obsession quotidienne de tous les habitants de la cité.
6)Y’a-t-il un projet de spectacle en vue pour vous dans l’immédiat et Il portera sur quelles thématiques ?
Fellag : Oui bien sûr mais les spectacles tels que je les faisais comme avant liés à l’Algérie sont les dernières valises que j’ai apportées de là bas. Donc, il est temps que je passe à autre chose et que je parle d’ici car je vis en France depuis maintenant douze ans. Il y a aussi le fait que mon écriture a évolué et que j’ai grandi et mûri, c’est une autre étape pour moi. Vous réalisez toute la difficulté que j’ai à continuer de parler d’un peuple qui m’échappe complètement. Donc j’ai décidé d’aller vers d’autres choses et mon prochain spectacle va être joué par deux personnages. Ça sera un tête à tête entre un psychiatre et un clandestin qui vit en France sans papier depuis dix ans. Ce dernier va passer à la moulinette du psychiatre. On aura des gags et ça dévoilera beaucoup de choses.
Propos recueillis par Slimane Aït Sidhoum.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
|
 |
 |
Eloge des apocryphes
Vingt cinq millions d’exemplaires vendus à travers le monde depuis un an et demi et plus de un million quatre cent mille rien que pour la France. Ce véritable phénomène de librairie s’intitule « Da Vinci- code » a été écrit par un professeur Américain.
Ce livre ne cesse de soulever indignation et admiration. Dan Brown après avoir écrit trois ouvrages, vient de trouver le filon de la gloire en s’attaquant à la vie de « Jésus Christ ». Dans ce roman envoûtant tout commence dans le musée du Louvre à Paris, lorsqu’on découvre son conservateur assassiné et dans une position qui rappelle une scène biblique.
A partir de là tout s’enchaîne et l’église qui a tu pendant plus deux mille ans beaucoup de secrets, voit la digue des non dits se rompre. Ainsi, sous la plume de Dan Brown, tout va y passer : La quête du saint Graal, les codes mathématiques, les reliques, les sociétés secrètes, tout ça enveloppé dans une sorte de complot qui court depuis la crucifixion du Christ.
Mais quel est ce complot dont parle l’auteur ? Petit à petit, on découvre qu’il y’a une double vérité que l’on veuille à tout jamais occulter, d’abord le mariage du « Christ » avec la très peu orthodoxe « Marie Madeleine ». Cette dernière comme le veut la tradition Chrétienne est de mœurs légères et pour sauver son âme de la damnation éternelle, elle devint une adepte du « Christ ». C’est ce qu’on a toujours
laissé croire, mais Dan Brown, réfute cette version des faits et va plus loin en affirmant que le Christ a convolé en juste noces avec la pécheresse Marie Madeleine. La preuve que donne l’auteur à cette révélation capitale c’est le tableau intitulé « la scène » et peint par « Léonard De Vinci ». Ce tableau représente le dernier repas du Christ avant sa mort et dans cette scène on voit à sa droite « Marie
Madeleine ». A première vue ce tableau est une œuvre d’art comme toutes celles que le génie Italien a produites. Dan Brown n’hésite pas à franchir le pas en rappelant que toutes les œuvres du peintre recèlent des énigmes et si on arrive à les déchiffrer, beaucoup de secrets tomberaient. La deuxième révélation c’est que de ces noces occultées est née une fille. La descendante du « Christ » après la mort de son
géniteur est venue s’installer en France où sa lignée subsiste encore. Voilà donc ce qui a mis le feu aux poudres. Les historiens surtout Français vu que les faits rapportés dans ce thriller se déroulent à Paris, sont entrés en scène apportant les preuves à ce qu’ils appellent les « affabulations » de l’auteur. Beaucoup de livres ont vu le jour pour invalider une à une les thèses de Dan Brown qui eux mêmes sont devenus des bestsellers. Maintenant au delà de la part de vrai ou de faux qu’on peut lire dans le «Da Vinci- code », cette œuvre reste, une œuvre de fiction. Fiction qui suppose fantaisie et travestissement du réel. La seule chose qui a peut être agacé les bonnes âmes du milieu historique Français c’est l’énorme succès de ce roman.
--------------------------------
« Da Vinci – code » par Dan Brown aux éditions JC
Lattès.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
|
 |
 |
La chasse au trésor
En 1830, la France était déjà revenue depuis longtemps de ses ferveurs républicaines et mit un trait sur les rêves de grandeur de Napoléon. Charles X qui incarnait la restauration de l’ancien régime voyait son trône vaciller sous les coups de boutoir de ses farouches opposants. Le Dey d’Alger lui fournit la solution idoine à tous ses problèmes de pouvoir en souffletant le consul Deval auquel il ne cessait de réclamer le payement de la dette qu’avait contracté la France auprès de la régence d’Alger suite à l’acquisition de grandes quantités de céréales.
C’était le moment que choisit De Bourmont, un personnage sulfureux et très controversé pour se remettre en selle. Habité par une ambition maladive, il voulut effacer ses précédentes trahisons dont le très célèbre épisode de Waterloo où il se rendit à l’ennemi Anglais sans livrer bataille. Il se mit à la disposition du Roi pour laver l’affront de la nation.
Ce dernier en agissant de la sorte était tombé dans un véritable traquenard tendu par les visées mercantiles de toutes sortes d’aventuriers et de militaires en mal de notoriété. Le sort de la régence était scellée dès lors. De Bourmont leva les fonds et mis sur pied l’expédition tout en promettant à son roi que le trésor du Dey rembourserait largement les frais engagés et il y’aurait même des subsides assez conséquents pour les finances de la nation. Le Dimanche 13 Juin 1830, on appareilla sur la baie d’Alger. L’opposition sommaire de l’armée du Dey et l’incompétence de son gendre l’agha eurent raison de l’Algérie. Le 5 Juillet 1830, la soldatesque française s’empara de la capitale et la curée commença. Les soldats venus en conquérants se livrèrent à de véritables actes de vandalisme, pillant tout sur leur passage et selon les sources de l’époque, Alger perdit dans cette catastrophe près des deux tiers de ses habitants. De Bourmont qui s’était rendu maître de la Casbah où dormait le trésor du Dey, supervisa lui même les opérations d’enlèvement de tout ce qu’il contenait. Ainsi tout fut raflé, les pièces d’or, l’argent, la monnaie, les bijoux et les objets de valeur. Sous la contrainte, le Khaznadji c’est à dire le grand argentier du Dey signa la remise de la somme de 50 millions de francs de l’époque à De Bourmont.
Or, cette somme est erronée par rapport à tout ce qui avait été emporté. Cette sous évaluation a permis de faire les détournements qui étaient allés enrichir toutes sortes de personnes. Pierre Péan dans « Main basse sur Alger » retrouve tous les ports et toutes les places par où avaient transité les énormes sommes subtilisées. Mais avant lui, en juin 1833, il y’avait eu les enquêtes d’un certain Jean Baptiste Flandin qui ouvrit les hostilités contre le régime de l’époque dans le but de satisfaire des ambitions personnelles de promotion dans sa carrière militaire. Ce livre passionnant qui se lit comme un polar lève le voile sur les vraies raisons de la prise d’Alger en battant en brèche le motif qui avait toujours été mis en avant par les historiens à savoir une mission civilisatrice.
--------------------------
« Terre et cendres » de Atiq Rahimi aux éditions POL
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
|
 |
 |
Traumatismes
Vivre en Italie pour une Algérienne n’est pas une sinécure. Mériem Bouaoud avait pris ce risque au moment où l’Algérie basculait dans l’horreur.
Installée à Milan, ville industrielle du nord, elle n’avait pas de grands atouts pour réussir cette implantation en terre transalpine. Les obstacles sont multiples. Il y’a d’abord l’écueil de la langue, puis comme un malheur ne vient jamais seul, à son arrivée, elle fut délestée d’une grande somme d’argent. Les maîtres d’œuvre de cette escroquerie sont des pseudo amis. Enfin, il y’a l’âge et elle le reconnaît dans son témoignage : « Le défi d’une femme » ; il n’est pas facile de refaire sa vie à cinquante ans.
Contrairement à beaucoup d’Algériens qui avaient pris le chemin de l’exil à cause des conditions sécuritaires, elle, c’est les problèmes familiaux qui ont été derrière ce départ du pays natal. Dans la cuisine de son studio Milanais qu’elle partageait avec deux autres femmes, elle avait pris l’habitude de se confier à un journal. Sa particularité, c’est de remonter le temps. Sous forme de flashs back, ce témoignage authentique, se déploie sur quinze épisodes. C’est en quelque sorte le feuilleton d’une vie faite de traumatismes multiples. Le premier, c’est celui de la violence de la mère. Avec à la clé un mariage à quatorze ans puis toute une série d’interférences malheureuses dans la vie de sa fille.
La mère, agit comme dans un film d’horreur en jouant le rôle d’une empêcheuse de parvenir au bonheur. Incompréhensible comportement, car « Mériem » est la fille unique qui normalement devrait être choyée. La raison est à chercher dans l’histoire personnelle de la génitrice, qui peut être inconsciemment s’est transformée en bourreau de son enfant. Le professeur « Gilbert Diatikine » de la société psychanalytique de Paris, parle dans ce cas du concept de « l’identification à l’agresseur ». La mère ne faisait donc que reproduire sur sa fille « Mériem » les violences faites sur elle. La maladie s’était aussi mise de la partie pour la priver de façon ininterrompue de ses quatre enfants. Heureusement que les soins qu’elle avait reçus à l’étranger ont jugulé les effets de cette dangereuse maladie qui éliminait les globules rouges de son sang. Enfin le témoignage de Mme Mériem Bouaoud pénètre pudiquement son intimité conjugale. Les quatre mariages qu’elle avait eus furent des échecs retentissants. Dans cette série incroyable, de traumatismes subis, l’auteur grâce à une grande force de caractère avait pu échapper à la dépression en s’adonnant à la lecture et à l’écriture.
La thérapie par les mots est une panacée récurrente chez les auteurs algériens de cette dernière décennie.
Le témoignage de Mériem Bouaoud : « Le défi d’une femme » est d’une grande densité émotionnelle qui recèle toute la sensibilité des femmes algériennes et le courage inébranlable qui a maintenu le pays debout malgré les coups de boutoir de l’intégrisme.
éditions : LE DEFI D’UNE FEMME / Par Mériem Bouaoud, Casbah éditions
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
|
 |
|
|
|  |
|