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Portraits |
Il y a 8 articles |
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Feraoun, le precurseur
Les fondements de la notoriété sont : lhumilité et la proximité davec son peuple. Pour parler encore aujourdhui de feu Mouloud Feraoun, ces deux valeurs simposent comme un fil dAriane qui mène tout droit à une uvre grandiose. Ami fidèle de tous les écoliers et lecteurs Algériens, il a su grâce à un ancrage dans le terroir, accéder à luniversalité. Ainsi il rappelle par cette appartenance à une région , le Nobel Américain de littérature « Faulkner ». Son premier roman « Le Fils du pauvre », a ouvert la voie à toute une génération décrivains qui allait émouvoir le monde entier. On peut dire sans conteste pour paraphraser le grand auteur russe Dostoïveski parlant du manteau de Gogol : « Les écrivains Algériens sont tous sortis du burnous de Feraoun ». Cette génération a trouvé en cet humaniste généreux une sorte de Diogène qui allait leur éclairer la voie à travers les ténèbres dune colonisation nihiliste des réalités ancestrales. Mais avant de devenir cet écrivain majeur qui suscite encore et toujours lintérêt du monde littéraire, il faut reconnaître que son parcours fût jalonné dembûches qui auraient découragé les plus tenaces. Un bourreau du travail Feraoun appartient à une génération qui faisait de linstruction, le meilleur moyen de sortir des affres dune précarité endémique. Issu dune famille pauvre de Tizi Hibel, il ne pouvait prétendre au salut de sa personne et de celle de sa famille, quon réussissant le concours des bourses nationales. A Tizi Ouzou et ayant trouvé refuge chez le père Rolland, il dut partager sa maigre dotation en deux pour aider sa famille. Il compensait les bras qui manquaient au champ paternel. Lécole normale de Bouzréah ouvre ses portes à lélève studieux et appliqué qui ne dormait jamais avant deux heures du matin. Ce rythme restera chevillé à son corps et il trouvait toujours la parade pour contourner les règlements en vigueur. Ainsi après lextinction des feux, il prenait place sous une cage descalier et à laide dune baladeuse, il sadonnait aux lectures quil jugeait utiles. Plus tard en devenant directeur décole à Fort National et à Alger, il se farcissait des journées de douze heures entrecoupées uniquement dune pause dun quart dheure pour se restaurer. Genèse dune vocation Les lectures classiques et le sens aigu de lobservation, le conduisirent incontestablement à lécriture. Son condisciple et ami de toujours Emmanuel Roblès qui fut responsable de la revue de lécole normale, se souvient que Feraoun les alimentait régulièrement de chroniques pertinentes qui dénotaient un talent certain. Son épouse abonde dans le même sens que Roblès en affirmant quelle lavait vu toujours écrire. Son premier roman «le fils du pauvre » écrit sur des cahiers décolier, fut comme une sorte de thérapie destinée à conjurer les périls dune époque dincertitudes. Mais ce qui reste luvre magistrale de sa vie, cest son «journal» entamé sous linstigation de lincontournable Roblès. Ce témoignage dune remarquable actualité renseigne le lecteur sur les qualités hors du commun de cet intellectuel. Une lucidité à toute épreuve qui ne fait aucune concession à lair du temps. Le témoignage poignant de quelquun qui a gardé la tête froide malgré les sirènes factices et trompeuses. Son uvre doit être lue et relue et laissant lui le mot de la fin tiré de son journal cinq ans avant sa mort : « Je peux mourir aujourdhui, être fusillé demain. Je sais que jappartiens à un peuple digne qui est grand et restera grand ».
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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Lecrivain public dilettante
Dans la boutique qui fait le coin, naissent des espoirs et trépassent des illusions. Le fils du propriétaire, est un technicien en électronique. De sa frimousse au teint laiteux et qui a gardé un soupçon de puérilité, se dégage une jovialité attachante. Laccueil se fait toujours avec le sourire et le client revient sans se faire prier. Mais comme Ingres, son violon à lui, cest lart épistolaire. Son extrême générosité lui vaut assez souvent lafflux dune multitude de petites gens. Par la force des choses, il est devenu la plume au service de la veuve et de lorphelin. Les doléances sont légion : vieux ayant exercé en France à la recherche dune retraite salvatrice, jeunes en quête de visas pour un hypothétique Eldorado, ou tout simplement ceux qui se battent contre une bureaucratie sourde. Sa plume incisive fait mouche à chaque fois. Lorsquune suite favorable est accordée, il la considère comme une victoire personnelle, annonciatrice dautres conquêtes. Ses honoraires, cest la joie visible sur le visage des plaignants. Le clou de lhistoire, cest la fin de laprès midi quand les fonctionnaires arrivent dans la boutique. On dirait les personnages de «Dérives sur le Nil » de Naguib Mahfouz, rejoignant leur péniche pour refaire le monde. Ainsi par enchantement, elle devient un forum de discussion. Tous les sujets passent à la trappe : un peu de politique, beaucoup de sport, mais la part du lion revient sans conteste à la manière déchapper à la crise pour un ailleurs qui ressemble au pays de cocagne. Pèle mêle, sont évoquées les réussites de quelques uns des enfants de la ville et la désillusion des autres, mais chacun des intervenants gardent au fond de son cur un brin despoir. Ses sujets usés à la corde, lassistance se jette sur la presse quotidienne. Chacun apporte son journal préféré et lopération «troque» bat son plein jusquaux premières salves du coucher. La revue de presse sachève et lécrivain public rêve peut être au destin du grand auteur Turc «Yachar Kémal » qui avait forgé ses premières armes de père de «Mémèd» en rédigeant des lettres pareilles.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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L'intellectuelle tourmentée
Toute une génération de femmes algériennes instruites et intellectuelles reconnaissent en lhistoire de ma vie de Fadhma Aïth Mansour Amrouche, une uvre primordiale dans la prise de conscience de leur condition. Cette autobiographie écrite sans prétention ni effets de style, pleine dhumanisme mais sans lamentation, reste un document fondateur dans la littérature algérienne. Brillante dans ses études, elle a pu lutter contre tous les archaïsmes dune société sclérosée et pliant sous le joug dune colonisation étouffante. Se définissant comme enfant de la honte car son géniteur lui refuse sa paternité, elle porta cette tare comme un viatique jusquà sa mort en Bretagne le 09 Juillet 1967. Ce parcours qui a traversé le siècle depuis sa naissance présumée en 1882, était semé de générosité et de don de soi. Après son échec au brevet, elle rejoignit lhôpital des Aïth Menguellath. Dans cette véritable institution sanitaire, elle soccupa des grands malades avec abnégation. La chance vint frapper à sa porte et se fiança à un moniteur dIghil Ali. Sa belle famille la considéra telle une intruse et Ô suprême injure, elle fut celle qui avait renié la religion de ses aïeux. A la mort du patriarche, Belkacem, le mari de Fadhma, prit la décision de quitter le village pour aller sétablir ailleurs. Tunis fut lescale rêvée mais les enfants qui avaient grandi ne résistèrent pas à lappel du large. La France devient leur seconde patrie. Elle était une sorte de bibliothèque débordante de vie qui recèle toutes les richesses du terroir. Ce trésor fut transmis sous forme de poèmes, de contes et de chants anciens. Ses enfants imprégnés par cette culture orale, avaient hérité chacun à sa manière des pans entiers de ce patrimoine millénaire. Taos, femme multiple devint Romancière et cantatrice hors pair. Jean El Mouhouv devint poète et précurseur des grands entretiens littéraires radiophoniques. Peut être que la discrétion de cette femme et son effacement, nous ont privés dune uvre qui aurait été plus prolifique.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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Le poete reformateur
vol doiseau, les villages qui forment larrière pays Kabyle, semblent suspendus à un horizon féerique. Adossés au Djurdjura depuis une éternité, ils ne cessent de sécréter une vie culturelle riche qui se nourrit dépopées de contes et de poésies. Cest dans ce monde lyrique que naissait Ccix Muhend. Selon des estimations dignes de foi cette date coïnciderait avec larrivée des Français en Algérie (1830). Linexistence de létat civil en Kabylie rendait cette date un peu controversée. Il a vu le jour à Aït Ahmed, du côté de Aïn El Hammam. Lenseignement quil avait reçu fut essentiellement religieux. Il était affilié à la confrérie de la Rahmania, représentée à lépoque par sa figure de proue : Le Ccix Ahdad de Seddouk (petite Kabylie). Casanier, son plus long voyage navait jamais dépassé la centaine de kilomètres. On avait limpression que la Kabylie contenait suffisamment ses prétentions pour aller voir un ailleurs peut être meilleur. Doté dun charisme hors pair, il avait atteint les cimes de son hiérarchie en un temps record. Téméraire et iconoclaste, il essaya de révolutionner la pratique religieuse. Par des actes concrets, il put lexpurger des superstitions et des croyances désuètes qui ne cadraient pas avec le monothéisme en vigueur. Lors de linsurrection dEl Mokrani en 1870, il apporta son soutien à cette révolte, malgré la position pusillanime de son maître. La solidarité partait dune connaissance de lactualité. Il savait que la France venait de subir une déroute face à lAllemagne en perdant lAlsace et la Lorraine. Un siècle après sa mort on peut affirmer que Ccix Muhend est un agitateur post mortem. Cest grâce à la conférence du 10 Mars 1980 consacrée par Feu Mouloud Mammeri à sa poésie, que le printemps berbère a fleuri au milieu de la bêtise dune pensée unique et dun unanimisme de façade. Un linguiste Marocain avait dit à lépoque quun peuple qui se soulève par ce quune conférence sur la poésie a été annulée est un peuple extraordinaire.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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