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05/09/2010
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Le grand hôtel
Le grand hôtel

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Cher éditeur

Cher éditeur,
Je vous ai envoyé tout récemment une "réaction" sur l'article de M. Slimane Aït Sidhoum intitulé "Entre amnésie et ingratitude". Je suis étonné de n'en voir aucun écho dans votre publication. J'y abondais naturellement dans le sens de M. Ait Sidhoum quand il regrettait cette "ingratitude" vis-à-vis de Mostefa Lacheraf (enfant de votre ville). Il me semble qu'au-delà, bien entendu, de ma modeste contribution à ce débat, c'est l'idée selon moi très importante que des forums doivent être conduits autour de ces questions de reconnaissance et qu’ils ne soient jamais de trop pour faire revivre la mémoire de tous les personnages (souvent fustiges, mal lus, décriés ou tombés "en déshérence" pour reprendre une expression chère a M. Lacheraf) qui comptent ou ont compté dans l'histoire de notre pays. C’est donc cette idée-là qu’il faut soutenir. Trop souvent, nous faisons comme si ceux-la même qui ont porté au plus haut l'idée d'intégrité, d'exigence morale et intellectuelle soient tristes dans nos mémoires comme des feuilles des cadastres municipaux et ainsi outrageusement relégués au magasins des accessoires. Comme si, seuls les démagogues et les laudateurs de tous poils soient à jamais sous le feu de la rampe. Pour que la lumière se fasse sur ceux qui œuvrent inlassablement à nous débarrasser de l'obscurantisme et du népotisme, il faut sans doute que leur flamme soit entretenue par notre amour de l'authenticité et de la vérité. Attention, nous n'aurions jamais que les éclaireurs qu'on mérite. Or, le meilleur ne viendra vers nous que dès lors où l'on accepte d'aller vers lui. Il suffit de regarder autour de nous: pas un pays qui ne dispose d'intellectuels capables d'émulation ; tandis que nous nourrissons bien des auto-inimitiés. Certains de nos écrivains, de nos cinéastes, de nos chanteurs, etc. ne se ridiculisent-ils pas en se jalousant constamment et encore le font-ils pour les plus viles intentions.

Je relisais par hasard La Déclaration des 21 (intellectuels français opposés à la poursuite de la guerre d'Algérie et qui ont lancé le mot d'ordre "de droit à l'insoumission" au pouvoir militaire des années 1958) et ne put m'empêcher de penser à cette phrase de M. Blanchot, en marge de ce manifeste collectif: "Le droit est un pouvoir libre dont chacun, pour lui-même, vis-à-vis de lui-même, est responsable et qui l'engage complètement et librement: rien n'est plus fort, rien n'est plus grave" in (Maurice Blanchot, Ecrits politiques, Léo Scheer, 2003, p.38). Il parlait à ses compatriotes à l’adresse desquels il pensa que ce n’est jamais assez de rappeler ce qu’est un citoyen responsable. Qu’en est-il de nous qui avons pourtant nos Blanchot qu’on a ignorés ? Citons quelques-uns : Mostefa Lacheraf, Mohamed Harbi, Frantz Fanon, Tahar Djaout, Kateb Yacine,(…) nos Edouard Saïd, Aime Césaire, Isaac Julien, Ferdinand Oyono,…Cependant que la liste est longue et notre mémoire trop courte.

Par Nacer Khelouz



Kateb yacine : le traitre, c’est toujours l’autre.

Petit essai critique
Nacer Khelouz
Étudiant doctorant à l’Université de Pittsburgh, PA.


Kateb Yacine et la Trahison

« Dix ans d’exil compensé par dix ans de présence.»
in Le poète comme un boxeur

Il s’agit de dire de nouveau le courage et la détermination jamais démentis d’un Kateb Yacine , poète bohème et homme du perpétuel combat. Combat contre l’oppression coloniale. Exil forcé, puis retour vers cette Algérie indépendante qui l’accueillit du bout de la langue. C’est qu’entre temps d’autres appétits se sont aiguisés et qui ont pris le doux nom de « révolution par le peuple et pour le peuple ». Pour la forme. Puisque dans la réalité la machine à broyer du vivant qu’était le colonialisme a cédé toute la place au tyran de l’intérieur. Combat contre les gardiens de la Morale officielle d’une Algérie indépendante mais pas démocratique et encore moins populaire. Il faut le dire et ne cesser de le redire tant que les oreilles demeureront sourdes au vent de l’histoire.
Pour l’heure, il faut au poète du débat public plier bagage et reprendre les tristes chemins de l’errance. Tant pis si le socialisme rêvé restera une tendre utopie. Aussi bien, retour dans la gueule du loup.

À travers sa poésie, Kateb Yacine a dit toute l’étendue de ses contradictions et la souffrance des siens. Un mal, cette langue de l’autre, pour un bien de se dire. Kateb s’est emparé du verbe par instinct de survie. Le foisonnement narratif dans lequel il forgea son esthétique est d’abord et avant tout intuitif, comme un corps s’avançant à tâtons dans la nuit profonde dans laquelle il est maintenu pieds et poings liés. Il s’est donc raconté tout en racontant leur histoire d’indigènes soumis à tous les appétits expansionnistes d’une France de nouveau en quête d’empires exotiques. Celle-là même qui, pour exécuter pleinement son projet civilisationnel a besoin de pulvériser l’autochtone.
La poésie est ce cri de survie. L’expérience de l’écriture poétique s’exerce sur le corps lui-même, meurtri et qu’il faut saigner. Le corps dépossédé de son espace vital et propulsé hors toute temporalité qui puisse signifier son histoire devient le seul lieu de la page à écrire, de la page vide à remplir.

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Par Nacer Khelouz



Le printemps d’alger

Présentation des impressions de voyage de Catherine LeNoir :

Je propose ces “ impressions de voyage ” car elles sont intéressantes à plus d’un titre. D’abord, il y’a une qualité poétique indéniable, envoûtante pour le lecteur et la lectrice. Ensuite, le regard que jette “ Catherine LeNoir ” sur Alger, n’est nullement exotique encore moins celui de l’infracteur à la recherche du sensationnel. Il se dégage tout au long de la découverte de notre belle capitale des émotions fortes, de la générosité et beaucoup d’amitié pour les habitants de la ville. A, certains moments, on a même l’impression que le corps de “ l’invitée ” fusionne avec cet espace qui s’ouvre sur la mer que taquine un soleil et des lumières imparables. En un mot, le texte de “ Catherine LeNoir ” parle au cœur et aux affects. Un pur instant de joie et de bonheur. Je souhaite à tous une bonne lecture et une agréable promenade dans les rues d’Alger.
Slimane Aït Sidhoum.

Le printemps d’Alger.

En arrivant dans la baie d’Alger, depuis l’aéroport par l’autoroute, ça n’est pas la mer qui occupe les yeux, c’est la ville déployée comme un tapis, son motif serré, sa géométrie composée de mille noeuds que borde la frange des arcades. Alger n’est pas une ville qui s’abaisse mollement jusqu’à l’eau : on la sent là, sûre d’elle, s’imposant face à la mer comme une femme gravide. Même si elle déborde de partout dans sa robe de paysanne, elle a la noblesse et la force, en son coeur, d’une femme enceinte. Et moi j’arrive ici lourde d’un rêve très ancien, nourri des paroles de mon père qui a fait la guerre d’Algérie, nourri des souvenirs d’amis algériens ou français, nourri des écrits de Camus, de Djebbar, de Boudjedra... J’attends quelque chose de cette ville, de ce pays, mais je ne sais pas quoi au juste...et si il ne s’y passait rien ? Si j’étais déçue ? Ce premier voyage en Algérie est comme un rendez-Vous amoureux. Lorsque je reconnais la silhouette exacte de la photo qui est sur mon bureau depuis des années, le fier alignement du boulevard Youcef Zirout, je sanglote sans retenue. J’aurais aimé arriver par la mer, que le sillage du bateau, en se refermant, recouse le rêve béant, me laisse le temps de préparer ma rencontre avec la ville. Mais c’est le bruit d’impact du train d’atterrissage qui a marqué le début d’un rythme lancinant comme celui d’une musique kabyle et qui ne m’a plus lâché pendant une semaine : rythme de mes pas dans les rues, inconnues et pourtant familières, déambulations qui m’emmennent en cercles concentriques autour de l’hôtel. Il y a foule rue Didouche Mourad, à deux pas de l’hôtel. Je suis arrivée depuis deux heures et déjà plongée dans le rythme effréné d’un jeudi après midi à Alger. Bijouteries, pâtisseries, librairies, magasins de vêtements ou de chaussures, parfumerie, équipement électronique, téléphonie portable, banques, pizzerias alternent le long des trottoirs dallés. Sourires, conversations, portables, chemisette ou veste de sport, jupe, pantalon, djellaba, chignon ou Foulard, cartables, sacs à main, cabas,... hommes et femmes marchent rapidement, traversent en zigzaguant entre les voitures qui klaxonnent. Plus loin, garçons et filles sont attroupés devant un cinéma: «Chouchou» à l’affiche. La prochaine séance est dans un quart d’heure, on peut acheter ses billets. Balcon ou orchestre ? La question m’étonne. Va pour l’orchestre ; il parait que le balcon est plus chahuteur. Le hall, vaste, est réduit par des paravents et des barrières qui canalisent les spectateurs vers un portique de détection suivi d’une rapide fouille des sacs. La salle est encore pratiquement vide. Deux hommes passent dans les rangées et vérifient chaque fauteuil. Autant de contrôles me portent entre panique et assurance mais je m’efforce de ne rien laisser paraître : chacun ici a l’air parfaitement à l’aise. En fait, la musique est tellement forte que je finis par ne plus me poser de questions. Le film commence et je me laisse emporter par l’ambiance extrêmement bon enfant de la salle. Je ris doublement parce qu’outre certains jeux de mots, très réussis, j’entends les réflexions de mes voisins sur Paris et la vie quotidienne en France. Je me rends compte que les préjugés des autres sont une bonne mise en garde contre les siens propres ! En sortant du cinéma, redescendant la rue Didouche Mourad vers la place Audin, j’aperçois à chaque rue perpendiculaire la percée vers la mer et la lumière rose du crépuscule. Presque à chaque carrefour, un kiosque de fleuriste fait déborder ses pots sur la rue et je crois percevoir - mais c’est peut-être l’euphorie du moment - le parfum des roses flotter tout autour.

Le lendemain, premier matin. Depuis le balcon au quatrième étage de l’hôtel Albert 1er, je contemple la baie qui luit au soleil. La lumière vibre à travers une légère brume, comme filtrée par les cils lorsqu’on ouvre doucement les yeux. Au coin du trottoir, j’observe le fleuriste qui s’affaire avec son premier client : il couche les roses une à une sur sa petite table en bois, avec délicatesse puis, clac, égalise les branches, fait quelques retouches par-ci, par-là... Je n’entends pas ses mots mais il hoche la tête et je devine qu’il parle de tout et de rien avec l’homme qui paye maintenant le bouquet. Aujourd’hui, vendredi, des centaines de couples vont se promener dans les parcs, s’asseoir en se tenant par la main et se bécoter pendant des heures, parler à mi-voix, se caresser, l’oeil aux aguets. Dans la rue, je n’en ai pas vus se tenir par la main, encore moins s’embrasser : l’espace public, la rue en particulier, est le lieu de circulation de deux mondes parallèles (qui ne se rencontre pas, par définition) : monde féminin et monde masculin. Les corps appartiennent à deux flux distincts. (Pas de gestes déplacés ici, ce qui est appréciable lorsqu’on circule en tant que femme seule.) La séduction, le jeu, s’opère par le regard et les mots (rarement vulgaires, souvent de poétiques, hommages). Ce matin, pas de temps à perdre, commençons par le commencement, le début de l’histoire : la Citadelle du Bey d’Alger. Allons sur les lieux de ce fameux «coup d’éventail» ayant servi de prétexte à la guerre de conquête des Français. En montant vers la citadelle, je découvre d’autres points de vue sur la ville, l’hôtel El Aurassi, à part du monde, immense et froid, cerné par les arbres comme une mer bruissante. Je suppose que c’est le camp retranché de certains journalistes français lorsqu’ils viennent ici - le Centre International de Presse est à deux pas - Les rues sont larges, désertes... Mais il me revient aussitôt à l’esprit que nous sommes vendredi, jour de repos. L’aspect «jour de prière» m’apparaîtra plus tard, près de la Casbah. Plus haut encore, des terrains de sports où s’affrontent deux équipes féminines de basket-ball, en short. le contre-jour sur la baie accentue la précision et la vivacité de leurs mouvements. Une véritable énergie s’en dégage. Alors que je prends une photo, un homme, accoudé au muret, me dit :² c’est beau, hein ? Parle-t-il de la mer, de la ville, des sportives ou de tout cela à la fois ? Je lui réponds oui puis il enchaîne aussitôt en me demandant si je suis française et ce que je pense de l’Algérie. Des dizaines de fois j’engagerai le même dialogue. A chaque fois, il sera conclu par le même souhait de bienvenue, les mêmes mots chaleureux d’accueil. Je longe des murs immenses rehaussés de guitounes d’où pointent des fusils mitrailleurs : le ministère de la sécurité civile me dit on. La rue devient si étroite que les trottoirs disparaissent. La grille de la citadelle est fermée mais un homme qui semblait être là par hasard se propose de me faire visiter. Un touriste asiatique ressort, visiblement ravi de ce qu’il a vu.

Après les premières minutes où mon guide s’évertue à prendre un ton très neutre et un peu automatique, il se relâche imperceptiblement jusqu’à adopter le discours passionné du connaisseur. Il s’attache à chaque détail architectural faisant ressortir l’aspect turc de la construction, situe chaque pièce dans un contexte et semble désolé de voir la restauration si lente à se faire, si peu respectueuse des spécificités architecturales de l’époque. En un mot, il déplore le tape à l’œil et revendique l’authentique. Ici et là, quelques ouvriers s’affairent sur un pan de mur, un linteau, un enduit. L’emploi du béton au lieu de la chaux fait bondir mon guide : il s’emporte avec, pourtant la voix et le regard toujours aussi doux. Nous visitons la petite galerie dans l’enceinte de la citadelle et, devant la maquette en bois de l’édifice, il s’ouvre un peu sur sa condition à Alger, son désir de venir en France. Derrière des propos très pudiques, je sens toute sa difficulté à vivre ici, toute sa frustration. Je repense aux dessins de Slim et je me dis qui si on a pas, en Algérie, aujourd’hui, une sérieuse dose d’humour et une prodigieuse énergie positive, on doit pas mal mouiller son oreiller ou souffrir d’ulcère !

Plus tard, je visiterai une partie de la Casbah. Celui qui m’accompagne me parle de Ali la pointe, des militaires Français qui ont utilisé les chiens pour traquer les résistants…. Sur les murs, des slogans nationalistes. Au coin d’une rue, un ancien cinéma exhibe son porte affiche grillagé, vide et rouillé. Je me dis que mon père est peut être venu là, à l’orée de la Casbah, un jour de permission, en civil….. Avant de quitter le quartier, nous buvons un jus d’orange amer et sucré dans un minuscule café. Nous sommes les seuls clients. Avec son unique et étroite fenêtre, son comptoir très haut en bois, avec les mouches qui vrombissent sur la toile cirée de deux petites tables rondes, je pense aux cafés de la campagne profonde française. Souvent, d’ailleurs, un visage, une expression, une attitude, me rappellera les paysans de ma région d’origine en France, la Bourgogne. Le même attachement à sa terre, peut être ….un lien charnel, viscéral.

Sur le boulevard du Che, la lumière est magnifique. Les drapeaux algériens claquent au vent et tranchent sur le ciel. Sur le front de mer ce vendredi après midi, le regard des hommes seuls est plus insistant. Pas agressif mais prêts à une conversation dont je n’ai pas envie. Quel est le statut de l’intime ici ?

J’avance comme si je savais où j’allais mais dans ma tête, je suis en errance. L’errance d’une femme ici, si elle est perceptible, est une belle provocation….Samedi, sous les arcades de la rue Kessentini, je circule sans baisser les yeux entre les tables occupées par les hommes, exclusivement. Je devine l’intérieur des deux établissements, plafond haut, baignant dans une ombre bistre, la chaleur moite. Je traverse à mes risques et périls les rues Ramdane et Boumendjel vers le grand auvent bleu du café Tantonville. A droite, le théâtre national D’Alger dresse sa silhouette de pierre rosée au soleil déclinant. Je me sens tout à coup intimidée par les grands noms que ce lieu m’évoque. Je m’installe à la terrasse du Tantonville, le cœur battant, à la seule table vide. Des gamins font exploser des pétards sur la place dallée. Ils s’égaillent en braillant vers la Casbah. Le rouge d’un immense bougainvillier éclabousse le blanc des façades. Derrière commence l’entrelacs des rues de la Casbah, à l’odeur d’humidité, certaines éventrées dévoilant, impudiques comme une blessée, des chambres, des arcs sombres, des tuyauteries tordues….Des murs ventrus protègent des générations mélangées. Les portes massives et décorées sont aussi émouvantes que ce petit voile blanc brodé que portent les femmes pour couvrir le bas de leur visage.

J’attends à la terrasse de ce café et je laisse reposer en moi toutes les impressions que m’imprime la ville, comme les petites particules du marc se déposant lentement au fond du verre de café. Lorsque je marche dans Alger, c’est comme si la ville traversait ma peau pour m’atteindre. Je me compose un regard comme un voile et c’est mon corps qui reçoit les images, qui est impressionné comme une pellicule photo. Assise maintenant, je laisse se révéler les images à ma conscience.

J’attends l’heure de la lecture “de textes nus” au TNA : un programme appelé “ tire- lire ” qui montre combien le directeur se bat pour garder vivante cette scène à travers les auteurs algériens. L’heure dite, quelques groupes clairsemés s’assoient dans la vaste salle couleur de chair. Des gens ensemble entre les bras des mêmes mots. Rien à voir avec la faune des intellectuels parisiens, poseurs et distants. Là, je ressens une proximité bon enfant. Mohamed Kacimi commence sa lecture. Je sens la salle comme un nageur hésitant dans un flot qui l’emporte. Au début, les auditeurs ne se laissent pas aller dans le Français. Pourtant, si souvent j’ai entendu dans la rue le français jaillir au creux de l’arabe, valser avec.

Là le texte littéraire génère une tension qui a du mal à se relâcher quand Kacimi, livre en main, descend de la scène et invite au dialogue. Je ressens une intense émotion lorsque je regagne le hall du théâtre pour voir, au delà des portes du théâtre, la ville qui palpite à l’embouchure de la nuit. Lequel, de la ville ou des mots, génère l’autre ? L’écriture algérienne me semble souvent organique, à envelopper et développer la réalité comme un arbre distend ou recouvre les mots sur son écorce.

Dans la rue, je croyais ne me permettre aucun relâchement mais je remercie ceux qui ont su s’immiscer derrière le “ voile ” : un étudiant à la porte de la faculté, un vendeur de pain, un vieux monsieur sur les quais, un passager dans le téléphérique vers le monument aux Martyrs….. Et, toujours, une complicité totale avec les femmes : l’impression d’avoir toujours connu cette et sa fille à qui je demande le chemin pour le musée du Bardo. Elle sort du parc de la liberté, parlant à sa fille du temps où les fleurs s’épanouissaient autour des allées propres, où les poissons évoluaient lentement dans un bassin d’eau claire…. De quel paradis parle t’elle ? Pas de celui du parc mais de celui de son adolescence où elle croyait encore à l’amour, à la maternité comme un épanouissement, à des promenades avec son homme et ses enfants, à son corps reconnu….pas à cet interminable combat où il n y’a d’alternative que tenir, debout, de face, toujours. Et, pourtant, elle me sourit, m’accompagne, parle avec moi et écoute. Je la sens une amie, ma sœur.

Par Catherine Lenoir



Témoignage

Je tiens à féliciter Slimane Aït Sidhoum pour la parution de son roman " les trois doigts de la main". Slimane a eu la gentillesse de me l'envoyer et m'a donné ainsi l'occasion de le lire très rapidement car vivant à l'étranger je ne pouvais l'acheter. La lecture de "les trois doigts de la main" est un réel plaisir du début jusqu’à la fin, d'ailleurs j'ai réussi à le lire en quelques heures d'avion. Ce roman retrace l'histoire triste et tragique de l'attentat à la bombe dont Slimane a été une des victimes. Dans ce roman, Slimane décrit très bien la situation désastreuse des hôpitaux algériens. Il dénonce courageusement l'arabisation, l'islamisme et un pouvoir totalement sclérose.

Slimane raconte très bien la façon de vivre les événements d'un algérien qui a vécu dans notre ville natale, Sidi-Aissa ou ailleurs en Algérie. Moi, qui ai le même age que lui adhère totalement à sa façon de réagir vis-à-vis des événements vécus.

Je tiens à dire que la langue française qu’a utilisé Slimane pour écrire son roman est au dessus de la moyenne même chez des sujets dont la langue de Molière est la langue maternelle. Slimane est un ami de trente ans, nous avons passé de longues heures à discuter ensemble et à médire comme il le raconte si bien dans son roman. J'ai eu le plaisir de revoir Slimane plusieurs fois à Paris et c'est toujours un plaisir de discuter avec ce fou de la lecture et ce puits de culture. Slimane, on attend ton second roman avec impatience.

Par Docteur Nacer Lounis





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