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Lecrivain public dilettante
Dans la boutique qui fait le coin, naissent des espoirs et trépassent des illusions. Le fils du propriétaire, est un technicien en électronique. De sa frimousse au teint laiteux et qui a gardé un soupçon de puérilité, se dégage une jovialité attachante. Laccueil se fait toujours avec le sourire et le client revient sans se faire prier. Mais comme Ingres, son violon à lui, cest lart épistolaire. Son extrême générosité lui vaut assez souvent lafflux dune multitude de petites gens. Par la force des choses, il est devenu la plume au service de la veuve et de lorphelin. Les doléances sont légion : vieux ayant exercé en France à la recherche dune retraite salvatrice, jeunes en quête de visas pour un hypothétique Eldorado, ou tout simplement ceux qui se battent contre une bureaucratie sourde. Sa plume incisive fait mouche à chaque fois. Lorsquune suite favorable est accordée, il la considère comme une victoire personnelle, annonciatrice dautres conquêtes. Ses honoraires, cest la joie visible sur le visage des plaignants. Le clou de lhistoire, cest la fin de laprès midi quand les fonctionnaires arrivent dans la boutique. On dirait les personnages de «Dérives sur le Nil » de Naguib Mahfouz, rejoignant leur péniche pour refaire le monde. Ainsi par enchantement, elle devient un forum de discussion. Tous les sujets passent à la trappe : un peu de politique, beaucoup de sport, mais la part du lion revient sans conteste à la manière déchapper à la crise pour un ailleurs qui ressemble au pays de cocagne. Pèle mêle, sont évoquées les réussites de quelques uns des enfants de la ville et la désillusion des autres, mais chacun des intervenants gardent au fond de son cur un brin despoir. Ses sujets usés à la corde, lassistance se jette sur la presse quotidienne. Chacun apporte son journal préféré et lopération «troque» bat son plein jusquaux premières salves du coucher. La revue de presse sachève et lécrivain public rêve peut être au destin du grand auteur Turc «Yachar Kémal » qui avait forgé ses premières armes de père de «Mémèd» en rédigeant des lettres pareilles.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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