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Sidi aïssa : le royaume des maquignons.
Par ici l'angoisse du dimanche soir n'existe pas. Au contraire la journée dominicale est une aubaine pour affûter les stratégies du lendemain, c'est à dire le Lundi : jour où se tient le marché à bestiaux de Sidi Aïssa. Les grands éleveurs se donnent souvent rendez vous dans ce grand café de la place la veille pour échanger des avis et aussi pour sonder le concurrent sur ses intentions. Dans l'assemblée qui réunit ces augustes personnes, on apprécie la gaudriole comme on manie les sommes titanesques. Les têtes de Turc qui passent sous les fourches caudines de leurs humour sont nombreuses. Malgré toutes ces digressions qu'on déguste en sirotant du café ou du thé, on revient toujours au sujet de prédilection, à la thématique générique à savoir combien va t on vendre ou combien va t on acheter. Un jeu subtile de fausses pistes et de secrets bien gardés. C'est selon. Après recoupement on se décidera de l'attitude à prendre. Mais ce dont il faut se méfier c'est les coups de bluff. Il y'en a parmi les grands éleveurs de la région des rois en la matière. De vrais spécialistes qui savent tirer profit de l'intoxication pour engranger des sommes faramineuses. Le jeu ici chez les maquignons ressemble au poker. Beaucoup de néophytes et mêmes certains aguerris y avaient laissé leurs fortunes. Le tout est de savoir quand faudra t il acheter et quand faudra t il vendre et aussi avoir la patience du marathonien et investir dans la durée. Un peu comme les golden Boys des cities quand ils boursicotent. Rien n'est garanti, il suffit des fois d'une petite maladie, d'un berger distrait, il y'a des grands spécialistes qui volent le bétail, ou d'une acquisition hasardeuse pour se retrouver sur la paille. La ville regorge de cette catégorie de déclassés qui après avoir atteint des sommets se retrouvent entrain de tirer le diable par la queue. En fait tout se joue pour la plupart d'entre eux durant les jours qui précèdent l'Aid El Adha. A un mois de la fête, les appétits s'aiguisent et la machine se met en branle. Parmi ces hommes, c'est la loi du silence qui prime. On évolue en vase clos et on ne se livre jamais au premier venu. Le secret professionnel frise la paranoïa, un peu comme le monde des magiciens. L'un de ces magnats de l'élevage qu'on appellerait « El Haj Zine » a voulu nous livrer quelques principes qui guident sa profession : « D'abord, dans notre milieu la parole dans la plupart des cas n'a aucune valeur quand on conclut un marché, il suffit à celui qui vend de trouver quelqu'un qui viennent surenchérir pour qu'il lui cède les bêtes que vous avez voulu avoir ». On vend au plus offrant et à celui qui les liquidités disponibles ici et maintenant. El Haj Zine trouve cette démarche déshonorante pour le métier qu'ils font car dit il : « Il faut une éthique individuelle forte pour résister aux tentations » Avant d'ajouter : « Il faut aussi avoir à l'esprit que dans les conditions actuelles d'insécurité sur les marchés, on ne peut pas trimballer les centaines de millions nécessaires aux transactions, d'où l'importance de la parole donnée et de la confiance qui doit régner entre les partenaires » Peut être que des fois aussi, les acquéreurs qui après avoir pris des engagements se désistent et renoncent au troupeau. Dans ce cas, le marchand est perdant. Le point soulevé précédemment par notre interlocuteur est fondamental car le marché de Sidi Aïssa par son importance est infesté par toutes sortes de malfrats qui au moindre faux pas vous délestent même de votre veste. Ensuite, le même éleveur revient à la charge en parlant de certains « charognards ». Ces derniers qu'il nomme de façon hargneuse par ce vocable : « Nous perturbe dans notre travail car ils suivent pas à pas les connaisseurs et essayent de faire capoter nos affaires » Terminant ainsi son imprécation. Les maquignons occasionnels : Ce sont des empêcheurs de tourner en rond et ils sont légion dans le métier. Un Chauffeur de taxi nous raconte cette anecdote qui lui était arrivé l'année passée à la même période : « J'avais pris une option sur un petit troupeau d'une dizaine d'agneaux à l'aube. J'étais le premier client de cet éleveur et au moment où j'allais payer mon vis à vis, sort de l'ombre un homme d'un certain âge et me propose deux mille dinars de plus pour chaque tête achetée. Ainsi j'ai gagné près de deux millions de centimes juste en négociant » Ce sont des histoires comme ça dont la véracité se vérifie des fois de visu qui font courir beaucoup de profanes pour se lancer le temps de la célébration de la fête du sacrifice dans le milieu de l'élevage et des transactions qui lui sont inhérentes. En fait c'est comme le Ramadan qui suscite des vocations mercantiles. L'Aid aussi donne des envies de « fortune immédiate » à une faune humaine qui va du simple fonctionnaire, à l'enseignant et des fois même à des cadres hauts placés. La plupart se mettent en association à deux ou à trois. Ils se débrouillent un petit garage. On prépare le lieu, on acquiert un petit troupeau, de préférence un mois ou deux à l'avance, on le dope aux aliments de bétail et une semaine avant la date de l'Aid, on met sur le marché le petit troupeau qui pourrait rapporter jusqu'à cinquante pour cent de bénéfice sur la mise de départ. Cette année malheureusement la marge va être revue à la baisse car déjà le mouton le plus rachitique tourne autour de vingt mille Dinars. Mais toujours est il est selon un maquignon occasionnel : « On arrivera toujours à rentrer dans le capital et les frais engagés en dégageant des bénéfices assez conséquents » Il y'a aussi parmi ces maquignons occasionnels des spécialistes en la matière qui réussissent parce qu'ils ont surtout une origine paysanne. Ils ne font qu'opérer des retours à la source malgré le choix d'un autre métier et l'éloignement de la campagne.
Le monde des maquignons reste quoique l'on dise un milieu très fermé. Oser faire une percée pour les non initiés est une aventure périlleuse vouée à l'échec. La seule entorse qu'ils font à leurs règles c'est d'attirer les naïfs habités par l'appât du gain. Ils leur proposent des associations fictives qui ne reposent sur aucun acte légal. Juste une réputation amplifiée par des thuriféraires grassement payés et qui se chargent de diffuser les meilleures informations sur le groupe. Ensuite le procédé devient simple. On sonde des commerçants ou des cadres ayant des revenus appréciables, en leur disant que l'année est propice à l'élevage. Beaucoup qui ont des bas de laines enfouis et désireux de fructifier ces capitaux inactifs plongent pieds et poings liés dans le traquenard. On leur fait miroiter des bénéfices qui vont du simple au double de ce que l'on a investi et puis au fur et à mesure que l'année avance, les ennuis commencent. On aura la totale. On consume vos prétentions à petit feu. En guise d'entrée, c'est l'épidémie qui décime le troupeau ou une quelconque maladie dont le nom vous semblera sortir tout droit d'un sabir primitif. Ensuite c'est la loi du marché qui veut que l'on se débarrasse du troupeau vu que son entretien revient plus cher et l'on n'est pas sûr de rentrer dans ses frais ou bien carrément suivre la tendance car les grands éleveurs sont entrain de vendre. Donc, l'obligation est de se mettre au diapason. Le maquignon se montrera magnanime et compatissant envers vous et vous assènera qu'il a trouvé un acheteur. L'acheteur c'est lui même. Il vous rachète le troupeau à moitié prix et investira votre apport initial ailleurs. Le troupeau deviendra sa propriété et l'argent de la vente vous l'aurez aux calendes grecques. Il vous demandera de patienter. Attendre des jours meilleurs. Le malheureux investisseur ne peut rien faire devant de tels agissements. Il n'existe aucune preuve légale ou acte qui pourrait attester d'une telle association ce qui rend les poursuites contre ce genre de délits très problématiques. Un vieux commerçant de Sidi Aïssa qui a beaucoup fréquenté les maquignons nous livre le fond de sa pensée sur ces récits drolatiques en disant : « Les gens sont prêts à croire n'importe quoi pourvu qu'on leur dise qu'il y'a un pactole à ramasser au bout » Il terminera sa réflexion avec le célèbre adage : « A chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Tant que les règles commerciales dans notre pays ne seront pas clairement définies, il y'aura toujours des abus et il y'aura toujours des incrédules à croire aux fortunes faciles.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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Ain el hdjel - le royaume des barbecues.
Ain El Hdjel a trouvé sa vocation depuis maintenant une vingtaine d'années en devenant l'une des plaques tournantes de la restauration en Algérie. Située, sur la route nationale n°8 et à l'ouest du chef lieu de la wilaya « M'Sila », son essor a été formidable. Sa population est passée de cinq mille habitants dans les années soixante dix pour atteindre aujourd'hui plus de quarante mille habitants. Un fonctionnaire d'une administration locale nous explique les raisons qui ont attiré autant de gens en un laps de temps assez court : « D'abord, il y' a le phénomène de la sécheresse qui s'aggrave d'année en année et cela encourage l'exode, ensuite il ne faut pas oublier les années terrorisme et en dernier la restauration et ce qu'elle génère comme bénéfices pour les investisseurs ». Le regard du visiteur qui coulisse de l'entrée nord jusqu'à la sortie sud, est vite happé par le nombre impressionnant de cafés, de restaurants et de boucherie. Le tout est aligné de façon uniforme et selon les statistiques dont nous disposons, il y' a soixante trois cafés, cinquante deux restaurants et une vingtaine de boucheries. Les yeux et les papilles des âmes gourmandes sont sollicités à tout moment et il est difficile pour celui qui traverse la ville d'ignorer tout ça et de passer sa route. A partir de là, toute une stratégie a été adoptée pour ne pas rater le moindre client- voyageur. En premier, des enseignes multicolores signalent que les lieux « possèdent toutes les commodités et qu'il dispose d'une salle familiale et que les prix sont abordables » et pour convaincre les plus réticents, une cohorte de barbecues fumants, exposés dehors, achève le travail d'appât. Mais derrière cette façade, les propriétaires de ces commerces se livrent une guerre sans merci pour grignoter des parts de marché nouvelles ou pousser un nouveau venu à mettre la clé sous la porte et enfin décourager tout investisseur qui est tenté par l'aventure de la restauration. Les prix de l'immobilier ont atteint des proportions qui frisent la folie, il n'existe aujourd'hui aucune parcelle ou une bâtisse à vendre sur la route nationale n°8. Un commerçant nous affirme à ce sujet : « Qui voudrait se débarrasser de la poule aux oufs d'or ». Certains propriétaires pour donner plus de chances à leur commerce et booster leurs recettes, s'associent avec des cuisiniers - gestionnaires qui viennent essentiellement de deux villes qui ont toujours enfanté des cordons bleus à savoir : « Jijel et Biskra ». Un autre aspect, à ne pas négliger et qui a fait le vide autour de Aïn El Hdjel dans le domaine de la restauration, c'est les accords passés avec les bus qui font les longs trajets, surtout en partance vers le grand sud. Ce n'est un secret pour personne que les restaurateurs rétribuent les chauffeurs et les receveurs de ces bus qui s'arrêtent devant leurs établissements, on parle de dix mille DA pour le premier et sept mille pour le second par mois. Dans ces cas le client n'a pas grand choix mais l'essentiel c'est la bonne qualité de ce que l'on mange et le respect des normes d'hygiène pour éviter les mauvaises surprises.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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El harrach le calvaire des voyageurs
Les voyageurs qui veulent emprunter les taxis inter-urbains entre Alger et certaines villes situées au sud de la capitale doivent obligatoirement transiter par El- Harrach. « Nous vivons ça comme une forme de mépris car ces arrêts ne réunissent pas les conditions nécessaires et suffisantes de sécurité sans oublier le manque de commodités et les choses ne vont pas s'améliorer car ça dure depuis plus de vingt cinq ans » déclare un habitué des allers retours entre Alger et Béni- Slimane. Un traquenard à ciel ouvert : En effet, normalement tous les taxis collectifs sont regroupés au niveau de la gare centrale située à proximité de la pêcherie. La centralisation permet aux voyageurs d'avoir un plus grand choix et de palier au plus pressé en cas d'absence des taxis voulus en se rabattant sur des itinéraires qui pourraient rapprocher l'usager de son point de chute. Par ailleurs cela occasionne aussi d'autres désagréments aux voyageurs qui viennent de Sidi Aïssa, Sour el Ghozlane, Bir Ghbalou et Béni Slimane car pour se rendre au centre d'Alger, ils doivent là aussi prendre soit le bus soit un autre taxi en payant la course à plus de trois cents dinars. Et comme on n'a pas le réflexe « rail » certains oublient que le train existe et peut les déposer au cour d'Alger. C'est une alternative qui aiderait à passer outre les bouchons interminables de la route moutonnière. Même avec le nouveau plan de circulation de la capitale qui interdit aux poids lourds de venir au centre ville la journée, l'anarchie sur cette route névralgique ne fait que s'aggraver. Les choses ne s'arrangent pas et les déplacements vers Alger sont appréhendés et constituent une véritable corvée. A côté de cette fatigue et des énormes dépenses consenties pour régler certains problèmes médicaux ou administratifs, il y' a le problème de l'insécurité. Le lieu affecté aux taxis de la wilaya de M'Sila et Bouira, est situé à côté du marché hebdomadaire d'El Harrach au lieu dit « Les écuries ». Un repère idéal pour toutes sortes pick pockets et de voleurs à la sauvette. La cible privilégiée de ces délinquants qui font régner la terreur dans ces lieux, sont les voyageurs seuls ou accompagnés de leurs familles. « On peut vous braquer devant tout le monde avec un couteau et vous délester de tout ce que vous avez en plein public et sans que personne ne bouge » Constate un taxieur la mort dans l'âme. L'indifférence et la loi du silence sont de mise dans cet espace un peu spécial.
Avant d'ajouter : « Dès que les voyageurs arrivent pour prendre le taxi, on leur dit de ne pas montrer leurs objets de valeur et surtout le téléphone portable en l'éteignant car c'est l'objet par excellence que recherchent ces malfrats et en plus on essaye toujours de fermer à clé le coffre à bagages ». Pour éviter aux voyageurs de se faire agresser, les taxieurs qui arrivent des villes précédemment citées, ces derniers stationnent toujours au centre d'El Harrach à proximité des policiers qui règlent la circulation. « Comme ça on est sûr que les voyageurs pourront échapper aux traquenards que peuvent leur tendre les délinquants » Affirme un autre taxieur.
Beaucoup de citoyens originaires de la wilaya de M'Sila et de Bouira, ont rayé de leur tête l'envie de prendre un taxi inter- urbain et se rabattent sur les bus qui font les longs trajets. Cette phobie envers les taxis est étayée par toutes les mésaventures qui sont arrivées aux uns et autres. Ainsi un jeune cuisinier raconte ses péripéties qui sortent tout droit d'un film de série « B » en ces termes : « C'était un samedi vers quatre heures du matin, nous avons pris un taxi à Sidi Aïssa pour nous rendre à El-Harrach » Il continua son récit en mettant de la colère dans sa voix pour pester contre le mauvais sort : « Nous avons fait bon voyage puis en arrivant à proximité de la cité « La montagne », les deux voyageurs qui étaient avec nous, ont demandé de descendre et grande surprise, ils ont sorti un pistolet automatique en nous sommant de sortir toutes les choses de valeur que nous avions sur nous » Plus, il avançait dans sa narration plus il donnait à l'assistance l'impression d'avoir le souffle coupé, comme s'il était entrain de revivre ce cauchemar « on live » avant de terminer sa mésaventure en disant : « Tout le monde s'est exécuté sans montrer la moindre protestation et les deux malfrats avaient ensuite pris la poudre d'escampette en se dirigeant du côté des rails qui passaient à proximité » Les anecdotes de ce genre sont légion et il suffit de tendre l'oreille ou de gratter le vernis du ras le bol pour voir les histoires affluer à torrent. Un autre citoyen avait eu en sortant des arrêts d'El Harrach le bras cassé par des voleurs à la sauvette. Et, voici les détails de l'agression dont il a été victime : « Je tenais un cartable et j'étais relativement bien habillé ». Les effets vestimentaires peuvent aussi être des fois une sorte d'appât qui renseigne sur le statut de la victime. « Je marchais vers le centre ville puis à un moment le trottoir s'est rétréci et là j'ai senti fendre sur moi une moto, le vrombissement du moteur m'a donné le réflexe de raser le mur quand j'ai senti un coup sur mon avant bras. J'ai tenu bon et je n'ai pas lâché le cartable. Les deux agresseurs à moto m'ont regardé avant de continuer leur route » Les vols en utilisant la moto sont efficaces car ils peuvent surprendre la victime et le temps de réagir, il est déjà délesté de ce qu'il portait. La malheureuse victime n'était pas au bout de ses peines. « En arrivant à Alger j'ai constaté que mon poignet avait enflé de façon anormale, j'avais vraiment mal. Je me suis dirigé vers le service des urgences de l'hôpital
Mustapha et là on a diagnostiqué une fracture et je suis sorti avec un plâtre » En achevant de conter son cauchemar, il jura qu'il ne remettrait jamais les pieds aux arrêts d'El Harrach.
Des taxis brousse en pleine capitale : Il n'y' a pas que les violences produites par les délinquants qui sont à déplorer dans cette affaire, il y' a' aussi le vieillissement du parc routier qui donne aussi du fil à retordre aux voyageurs. Presque tous les taxis qui font la navette entre la capitale et les villes de la wilaya de M'Sila et de Bouira sont de véritables dangers ambulants. « Comment on permet à des voitures qui ont plus de trente ans d'âge de rouler encore et je me demande vraiment que font les gens du contrôle technique ? » S'indigne un voyageur, relativement excédé par cet état de fait qui semble s'inscrire dans la durée. Un rapide coup d'oil dans les arrêts d'El Harrach renseigne sur la véracité des assertions de ce voyageur. La plupart des taxis sont des « 404 Peugeot » qu'on peut dater au Carbone 14 sans faire dans l'excès. C'est une succession de tacots déglingués et mal entretenus. « Et, vous ne pouvez même pas protester contre les mauvaises conditions de voyage et toutes les odeurs de carburant aux quels vous avez droit durant tout le trajet »Affirme le même voyageur. Les pouvoirs publics qui ont mis le paquet sur la répression des infractions et des délits portés au code de la route doivent aussi sévir dans le domaine technique en réformant toutes ces voitures qui constituent un danger public. Car la prévention est un tout : « On ne peut pas fermer les yeux devant ces vieilles voitures qui se faufilent entre les mailles du contrôle technique comme un poisson dans l'eau » Nous dit un ingénieur en mécanique qui n'oublie pas de souligner que dans les situations périlleuses ce sont ces vieilles voitures qui peuvent causer des dégâts irréparables. Là, aussi les voyageurs racontent des vertes et des pas mûres sur ces voyages qui deviennent par la force des choses de véritables odyssées. On ne compte pas les voitures qui prennent feu, de taxieurs qui n'ont pas de boites à pharmacie et qui roulent sans roue de secours. Des désagréments causés aux voyageurs en les faisant attendre plus de trente minutes à la rentrée d'Alger, histoire de s'approvisionner en « Sirghaz ». Ce dernier carburant qui est très prisé par les taxieurs ajoute lui aussi son lot de dérangement. « Non seulement, il nous fait perdre du temps, mais comme c'est une nouvelle option qu'on ajoute, le réservoir est placé dans le coffre de la voiture et si vous avez des bagages le taxieur vous dit qu'il ne peut pas vous prendre car il n'a pas d'espace et si vous voulez voyager normalement, il faut mettre vos affaires sur les sièges et elles seront comptées comme de vrais places car on les met à la place des voyageurs ». Ce témoignage est ajouté à l'arrogance de certains taxieurs qui croient que c'est le voyageur qui est demandeur et exercent sur lui des formes de chantage éhontées. Beaucoup de voyageurs ayant connu la défunte « SNTV » regrettent cette époque bénie, où chaque bourgade avait sa ligne directe vers Alger. Les prix étaient presque symboliques et l'on pouvait voyager de façon agréable et dans de bonnes conditions. Le ministère du transport doit durcir les contrôles techniques et éliminer purement et simplement ces dangers ambulants.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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Sidi aïssa : le royaume des maquignons
Par ici l'angoisse du dimanche soir n'existe pas. Au contraire la journée dominicale est une aubaine pour affûter les stratégies du lendemain, c'est à dire le Lundi : jour où se tient le marché à bestiaux de Sidi-Aïssa. Les grands éleveurs se donnent souvent rendez
vous dans ce grand café de la place la veille pour échanger des avis et aussi pour sonder le concurrent sur ses intentions. Dans l'assemblée qui réunit ces augustes personnes, on apprécie la gaudriole comme on manie les sommes titanesques. Les têtes de Turc qui
passent sous les fourches caudines de leurs humour sont nombreuses. Malgré toutes ces digressions qu'on déguste en sirotant du café ou du thé, on revient toujours au sujet de prédilection, à la thématique générique à savoir combien va t on vendre ou combien
va t on acheter. Un jeu subtile de fausses pistes et de secrets bien gardés. C'est selon. Après recoupement on se décidera de l'attitude à prendre. Mais ce dont il faut se méfier c'est les coups de bluff. Il y'en a parmi les grands éleveurs de la région des rois en la
matière. De vrais spécialistes qui savent tirer profit de l'intoxication pour engranger des sommes faramineuses. Le jeu ici chez les maquignons ressemble au poker. Beaucoup de néophytes et mêmes certains aguerris y avaient laissé leurs fortunes. Le tout est
de savoir quand faudra t il acheter et quand faudra t il vendre et aussi avoir la patience du marathonien et investir dans la durée. Un peu comme les golden Boys des cities quand ils boursicotent. Rien n'est garanti, il suffit des fois d'une petite maladie, d'un berger
distrait, il y'a des grands spécialistes qui volent le bétail, ou d'une acquisition hasardeuse pour se retrouver sur la paille. La ville regorge de cette catégorie de déclassés qui après avoir atteint des sommets se retrouvent entrain de tirer le diable par la queue. En fait tout se joue pour la plupart d'entre eux durant les jours qui précèdent l'Aid El Adha. A un
mois de la fête, les appétits s'aiguisent et la machine se met en branle. Parmi ces hommes, c'est la loi du silence qui prime. On évolue en vase clos et on ne se livre jamais au premier venu. Le secret professionnel frise la paranoïa, un peu comme le monde
des magiciens. L'un de ces magnats de l'élevage qu'on appellerait « El Haj Zine » a voulu nous livrer quelques principes qui guident sa profession : « D'abord, dans notre milieu la parole dans la plupart des cas n'a aucune valeur quand on conclut un marché, il suffit à celui qui vend de trouver quelqu'un qui viennent surenchérir pour qu'il lui cède les bêtes que vous avez voulu avoir ». On vend au plus offrant et à celui qui les liquidités
disponibles ici et maintenant. El Haj Zine trouve cette démarche déshonorante pour le métier qu'ils font car dit il : « Il faut une éthique individuelle forte pour résister aux tentations » Avant d'ajouter : « Il faut aussi avoir à l'esprit que dans les conditions actuelles d'insécurité sur les marchés, on ne peut pas trimballer les centaines de millions nécessaires aux transactions, d'où l'importance de la parole donnée et de la confiance
qui doit régner entre les partenaires » Peut être que des fois aussi, les acquéreurs qui après avoir pris des engagements se désistent et renoncent au troupeau.
Dans ce cas, le marchand est perdant. Le point soulevé précédemment par notre interlocuteur est fondamental car le marché de Sidi Aïssa par son importance est infesté par toutes sortes de malfrats qui au moindre faux pas vous délestent même de votre veste. Ensuite, le même éleveur revient à la charge en parlant de certains « charognards ». Ces derniers qu'il nomme de façon hargneuse par ce vocable : « Nous perturbe dans
notre travail car ils suivent pas à pas les connaisseurs et essayent de faire capoter nos
affaires » Terminant ainsi son imprécation.
Les maquignons occasionnels :
Ce sont des empêcheurs de tourner en rond et ils sont légion dans le métier. Un Chauffeur de taxi nous raconte cette anecdote qui lui était arrivé l'année passée à la même période : « J'avais pris une option sur un petit troupeau d'une dizaine d'agneaux à l'aube. J'étais le premier client de cet éleveur et au moment où j'allais payer mon vis à vis, sort de
l'ombre un homme d'un certain âge et me propose deux mille dinars de plus pour chaque tête achetée. Ainsi j'ai gagné près de deux millions de centimes juste en négociant » Ce sont des histoires comme ça dont la véracité se vérifie des fois de visu qui font courir
beaucoup de profanes pour se lancer le temps de la célébration de la fête du sacrifice dans le milieu de l'élevage et des transactions qui lui sont inhérentes.
En fait c'est comme le Ramadan qui suscite des vocations mercantiles. L'Aid aussi donne des envies de « fortune immédiate » à une faune humaine qui va du simple fonctionnaire, à l'enseignant et des fois même à des cadres hauts placés. La plupart se mettent en
association à deux ou à trois. Ils se débrouillent un petit garage. On prépare le lieu, on acquiert un petit troupeau, de préférence un mois ou deux à l'avance, on le dope aux aliments de bétail et une semaine avant la date de l'Aid, on met sur le marché le petit troupeau qui pourrait rapporter jusqu'à cinquante pour cent de bénéfice sur la mise de départ. Cette année malheureusement la marge va être revue à la baisse car déjà le mouton le plus rachitique tourne autour de vingt mille Dinars. Mais toujours est il est selon un maquignon occasionnel : « On arrivera toujours à rentrer dans le capital et les frais engagés en dégageant des bénéfices assez conséquents » Il y'a aussi parmi ces maquignons occasionnels des spécialistes en la matière qui réussissent parce
qu'ils ont surtout une origine paysanne.
Ils ne font qu'opérer des retours à la source malgré le choix d'un autre métier et l'éloignement de la campagne.
Le miroir aux allouettes :
Le monde des maquignons reste quoique l'on dise un milieu très fermé. Oser faire une percée pour les non initiés est une aventure périlleuse vouée à l'échec.
La seule entorse qu'ils font à leurs règles c'est d'attirer les naïfs habités par l'appât du gain. Ils leur proposent des associations fictives qui ne reposent sur aucun acte légal. Juste une réputation amplifiée par des thuriféraires grassement payés et qui se chargent de diffuser les meilleures informations sur le groupe. Ensuite le procédé devient
simple. On sonde des commerçants ou des cadres ayant des revenus appréciables, en leur disant que l'année est propice à l'élevage. Beaucoup qui ont des bas de
laines enfouis et désireux de fructifier ces capitaux inactifs plongent pieds et poings liés dans le traquenard. On leur fait miroiter des bénéfices qui vont du simple au double de ce que l'on a investi et puis au fur et à mesure que l'année avance, les ennuis commencent. On aura la totale. On consume vos prétentions à petit feu. En guise d'entrée, c'est l'épidémie qui décime le troupeau ou une quelconque maladie dont le nom vous semblera sortir tout droit d'un sabir primitif. Ensuite c'est la loi du marché qui veut que l'on se débarrasse du troupeau vu que son entretien revient plus cher et l'on n'est pas sûr de
rentrer dans ses frais ou bien carrément suivre la tendance car les grands éleveurs sont entrain de vendre. Donc, l'obligation est de se mettre au diapason. Le maquignon se montrera magnanime et compatissant envers vous et vous assènera qu'il a trouvé un acheteur. L'acheteur c'est lui même. Il vous rachète le troupeau à moitié prix et investira votre apport initial ailleurs. Le troupeau deviendra sa propriété et l'argent de la vente vous l'aurez aux calendes grecques. Il vous demandera de patienter.
Attendre des jours meilleurs. Le malheureux investisseur ne peut rien faire devant de tels
agissements. Il n'existe aucune preuve légale ou acte qui pourrait attester d'une telle association ce qui rend les poursuites contre ce genre de délits très problématiques. Un vieux commerçant de Sidi Aïssa qui a beaucoup fréquenté les maquignons nous livre le fond de sa pensée sur ces récits drolatiques en disant : « Les gens sont prêts à croire n'importe quoi pourvu qu'on leur dise qu'il y'a un pactole à ramasser au bout » Il terminera sa réflexion avec le célèbre adage : « A chacun son métier et les vaches seront
bien gardées ». Tant que les règles commerciales dans notre pays ne seront pas clairement définies, il y'aura toujours des abus et il y'aura toujours des incrédules à croire aux fortunes faciles.
Par Slimane Aït Sidhoum Journaliste et écrivain
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